Signaux faibles

Mai 2019
— 
Céline Berthoumieux, directrice de ZINC.


Comme vous le savez sans doute Seconde Nature et ZINC sont des associations artistiques et culturelles qui travaillent dans le champ du numérique et des nouvelles technologies. C’est à dire qu’à partir des politiques publiques, nous proposons à l’année : des projets, actions et activités à destinations des publics (ateliers de pratiques créatives, programmation d’expositions, spectacles, concerts, débats …), des professionnels (formations, séminaires, ingénierie, workshops…) et des artistes (production, programmation et diffusion …).

Autrement dit ; prendre notre part dans l’accompagnement de tous lors de la transition numérique.

Dire « tous » c’est dire que nous essayons de ne pas trop passer à côté de ce que les technologies modifient, font évoluer et, aller, osons le mot ; disruptent.

Cette veille réclame une grande énergie car chaque jour apporte son lot de nouveautés. Que se soit dans la façon dont les gens utilisent le numérique ; suivre les adolescents dans leurs usages avec leur smartphone relève de la course de fond. Mais aussi voir que de nouvelles « fractures » se creusent : au delà d’accompagner les gens face à la dématérialisation des services publics, quelle appréhension des enjeux culturels et citoyens ? Du côté de la création artistique c’est le sujet de « l’immersif » qui bat son plein ; avec des casques de VR, au théâtre, dans des installations, la place du public est d’être au centre et non plus devant.

Avec notre position d’« opérateurs, producteurs artistiques et culturels », ce regard sur les évolutions des pratiques et usages des gens nous permet, parfois, d’anticiper. Sans pour parler jamais de prospective et encore moins de « futur ». En revanche il y a une phrase qui résume à elle toute seule ce que nous faisons : nous sommes attentifs aux signaux faibles. Et particulièrement ceux émis par les artistes. Evoluer dans le champ des arts numériques, c’est voir dix ou quinze avant « tout le monde » des formes, des esthétiques, des sujets, des façons d’appréhender le rapport au public, la place même de l’art. C’est passionnant.

Après, ce qui est plus compliqué c’est de se faire entendre quand on a repéré un changement ou une évolution. Inscrire l’inédit, l’émergent, les nouvelles formes et nouvelles écritures est un sport de combat. Un exemple tout bête : ça fait quinze ans qu’on produit des œuvres immersives, avec le public au centre.

Vous sera épargné ce que l’on a pu nous dire de ses œuvres pendant des années, par ceux-même qui aujourd’hui ne jurent plus que par ça !

Heureusement, on est loin d’être les seuls à faire ce constat ! Quand on évolue dans le secteur des arts et des cultures numériques c’est même la règle. Parfois aussi on tombe sur un article limpide, et qui décrypte quelques mécanismes implacables. De ceux qui démontrent que le savoir, dans un monde de domination, ne peut appartenir qu’aux dominants, même s’ils se trompent.

Lisez cet article du média Signaux faibles : Pourquoi les prédictions sont souvent fausses (et quelles leçons en tirer). En conclusion, je ne résiste pas au plaisir de partager la citation qui ouvre l’article : « Internet ? on s’en fout ça marchera jamais » de Pascal Nègre, alors PDG d’Universal en 2001 (!!!). LOL